Contexte et enjeu
Le non-recours aux droits sociaux reste un problème majeur en France. Dans le secteur agricole, ce phénomène est particulièrement marqué : près de la moitié des personnes éligibles au RSA (Revenu de Solidarité Active) ou à la Prime d'Activité ne font pas la démarche pour bénéficier de leurs droits. Les obstacles vont au-delà des questions financières : complexité administrative, méconnaissance des aides, fierté et crainte de stigmatisation constituent des freins importants.
L'objectif du projet était d'améliorer l'accès à ces aides pour les salariés et exploitants agricoles dans plusieurs départements ciblés, en réduisant les freins informationnels et administratifs.
Méthodologie d'identification
Pour réduire le non-recours, la première étape a été d'identifier précisément les bénéficiaires potentiels. L'approche a consisté à construire un jeu de variables représentant la situation familiale, la tranche d'âge, le statut professionnel et des indicateurs de revenus. Ces variables ont alimenté un modèle de classification supervisé, calibré avec l'expertise métier, afin de repérer les profils les plus susceptibles d'être éligibles au RSA ou à la Prime d'Activité.
Résultats de l'identification
La précarité varie selon les profils et l'âge : certains jeunes adultes apparaissent particulièrement vulnérables, tandis que les besoins d'accompagnement sont plus marqués chez les adultes d'âge intermédiaire. La segmentation a également révélé des différences selon le statut professionnel et la tranche d'âge.
À retenir :
- Segmentation opérationnelle par profils et tranches d'âge.
- Modèle de classification robuste, développé en collaboration avec les équipes métier.
- Les jeunes adultes constituent un segment clé pour des actions dédiées.
- La granularité des variables socio-économiques permet un ciblage précis pour la campagne.
Campagne de communication
Identifier les bénéficiaires ne suffit pas : il faut les atteindre et les inciter à agir. La campagne a ciblé trois types de bénéficiaires potentiels, répartis par tranche d'âge et type de droit : ceux éligibles uniquement au RSA, uniquement à la Prime d'Activité, ou aux deux aides.
Déployée en multicanal (email et SMS), la campagne a montré un fort engagement chez les jeunes adultes. La majorité des bénéficiaires a préféré les canaux numériques, mais le papier reste pertinent pour certains segments, justifiant une approche multicanal adaptée.
Résultats post-campagne
La campagne a généré un nombre notable de demandes, avec une correspondance partielle entre les personnes identifiées comme éligibles et celles ayant effectivement fait une demande. La majorité des démarches s'est faite via le numérique, mais le papier reste utilisé par certains profils. Comparée à la période précédente, l'activité a progressé, traduisant une dynamique positive.
À retenir :
- Participation plus forte des jeunes adultes, préférence pour le numérique.
- Le papier reste nécessaire pour certains segments : le multicanal est indispensable.
- Conversion partielle entre ciblage et éligibilité.
Analyse des demandeurs vs non-demandeurs
Cette étape a permis de comprendre les freins au non-recours. Les demandeurs sont majoritairement des salariés agricoles, avec des niveaux de diplôme et de revenus variés, et privilégient les démarches numériques. Les non-demandeurs présentent une répartition similaire, mais avec une proportion plus élevée de démarches mixtes (papier et numérique).
Les facteurs clés identifiés incluent :
- La couverture internet est majoritaire : les obstacles ne sont pas techniques.
- La distance aux agences est modérée et n'explique pas l'usage du papier.
- L'âge influence l'adoption du numérique : les jeunes adultes utilisent le numérique, tandis que certains adultes d'âge intermédiaire privilégient des démarches plus encadrées.
Point clé : les obstacles sont surtout comportementaux et informationnels, ce qui rend l'accompagnement adapté par profil essentiel.
Comprendre les freins : enquête auprès des non-demandeurs
Une enquête par questionnaire a confirmé que les freins principaux sont le manque de connaissance des démarches, le besoin d'accompagnement et les préférences de canal différenciées selon les profils.
Recommandations
Pour transformer ces insights en actions, plusieurs priorités ont été identifiées :
- Simplification des démarches : rendre le parcours en ligne plus court et clair, ajouter des aides contextuelles, et co-créer avec les bénéficiaires si possible.
- Renforcer l'accompagnement multicanal : proposer un rappel automatique après tentative de demande, relances SMS/email, et rendez-vous physique ou téléphonique selon les besoins.
- Tutoriels vidéo adaptés : courts, sous-titrés et ciblés par profil, particulièrement pour les jeunes adultes.
- Conserver le papier : le maintenir et l'articuler avec le numérique pour les populations qui le privilégient.
- Communication clarifiée : parcours épurés, messages clairs étape par étape, assistance humaine pour les profils qui en ont besoin, et garantie de la sécurité des données.
À retenir :
- La simplification bénéficie à une part significative des bénéficiaires potentiels.
- Le multicanal est indispensable : certains segments privilégient le contact physique, d'autres le numérique.
- Un nombre notable de personnes souhaite un accompagnement personnalisé.
- La communication doit être ciblée par profil ; un message générique est inefficace.
Bilan et impact
Cette approche data-driven a permis de :
- Identifier précisément les bénéficiaires potentiels.
- Segmenter intelligemment par profil et géographie.
- Mesurer l'impact de la campagne et observer une progression positive.
- Comprendre les freins réels au recours aux droits.
- Proposer des solutions adaptées à chaque profil d'âge.
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Projet réalisé en collaboration avec une MSA locale (Septembre 2024 - Septembre 2025)